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René DESCARTES (1596-1650)

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Sa vie : ©Encyclopaedia Universalis 1998

René Descartes est à la fois le plus célèbre et le plus grand des philosophes français. En France, cependant, sa célébrité ne tient pas toujours à son génie, mais à une simplification désastreuse de sa doctrine, où l’on ne voit qu’un rationalisme étroit et à courte vue: chacun, alors, croit pouvoir invoquer à tout propos l’autorité de Descartes, et se dire cartésien. En réalité, la philosophie de Descartes est d’une extraordinaire complexité, et sa richesse telle qu’on y peut découvrir la source de toute la philosophie moderne. Les grands métaphysiciens du XVIIe siècle (Malebranche, Spinoza, Leibniz) ont construit leurs systèmes en réfléchissant sur celui de Descartes dont, bien entendu, ils s’éloignent souvent, mais par rapport auquel ils se situent toujours. Les analyses de Locke, de Berkeley, de Hume ont leur source dans le cartésianisme. La fameuse «révolution copernicienne» de Kant n’est, en un sens, qu’une reprise de la primauté, accordée par Descartes, au sujet pensant sur tout objet pensé. Hegel tient Descartes pour un héros. Et, plus récemment, Edmund Husserl a donné à ses conférences prononcées à Paris en 1929 le titre de Méditations cartésiennes. 

Il est donc difficile de parler de cartésianisme. Le cartésianisme, c’est ce que, dans les esprits les plus divers, la philosophie de Descartes est devenue. Il y a un cartésianisme méthodologique, qui consiste à ne se fier qu’à l’évidence rationnelle, un cartésianisme scientifique, qui se confond avec le mécanisme, un cartésianisme métaphysique, qui tient l’existence de notre pensée pour notre première certitude. Aux yeux de Malebranche, Descartes est celui qui a permis d’édifier une philosophie véritablement chrétienne, aux yeux des femmes savantes de Molière, il est l’auteur de la théorie des tourbillons, aux yeux de Victor Cousin, il est le soutien du spiritualisme. Pour mettre tout cela en ordre, et pour apercevoir le lien entre des affirmations qui, souvent, peuvent paraître opposées, il faut donc revenir à Descartes lui-même.

La vocation intellectuelle

René Descartes naquit le 31 mars 1596 à La Haye, petite ville de Touraine qui a abandonné son nom pour prendre celui du philosophe. Son père est Joachim Descartes, conseiller au Parlement de Rennes, sa mère Jeanne Brochard. En 1606, à l’âge de dix ans, il est admis au collège royal de La Flèche, tenu par les jésuites. Il y reçoit un traitement de faveur, dû à ses dons et à sa fragile santé: il peut se lever tard, réfléchir longuement dans son lit, habitude qu’il conservera toute sa vie. La première partie du Discours de la méthode  nous entretient de ces années d’études. Descartes remarque vite que les leçons qu’il reçoit ne lui donnent, dans la vie, aucune assurance. Il rêve d’une science proposant à l’homme des fins, et veut fournir à la morale une certitude qu’il ne rencontre alors que dans les mathématiques.

La « science admirable »

En 1614, Descartes quitte La Flèche. En 1616, il passe, à Poitiers, son baccalauréat et sa licence en droit. En 1618, il se rend en Hollande et s’engage dans l’armée de Maurice de Nassau. C’est au mois de novembre de cette même année qu’il fait la rencontre, capitale pour lui, de Beeckman. Plus âgé que Descartes, Beeckman venait de prendre, à l’Université de Caen, ses grades de licencié et de docteur en médecine. Très informé des progrès scientifiques du moment, il tenait journal de ses réflexions et du résultat de ses recherches. Il professait le mécanisme, et c’est pour le mécanisme que Descartes s’enthousiasme aussitôt. C’est pour Beeckman, avec lequel du reste il devait se fâcher plus tard, qu’il rédige ses premiers écrits, et un petit Traité de musique  (1618).

En avril 1619, Descartes quitte la Hollande, gagne le Danemark, puis l’Allemagne, où il s’engage dans les troupes du duc Maximilien de Bavière. Le 10 novembre, se trouvant aux environs d’Ulm, dans ce qu’on a appelé son poêle (il s’agit d’une pièce chauffée par un poêle situé en son centre), Descartes connaît une nuit d’enthousiasme où, après avoir découvert «les fondements d’une science admirable», il fait des rêves étranges et exaltants. Sa vocation intellectuelle se précise, et, dès 1620, il renonce à la vie militaire pour entreprendre un voyage qui, par l’Allemagne du Nord et la Hollande, le ramène en France en 1622.

L’obligation de philosopher

Là, il règle ses affaires de famille, et se trouve assez de fortune pour n’avoir pas à gagner sa vie. Il recommence alors à voyager, visite l’Italie, et revient en France en 1625. Durant deux ans, il y mène, surtout à Paris, une vie à la fois scientifique et mondaine. Car, d’une part, il fréquente les salons, se bat en duel pour une femme, et, d’autre part, recherche la compagnie des savants: Morin, Mersenne, Mydorge, Villebressieu. En 1627, chez le nonce du pape, il rencontre le cardinal de Bérulle, qui lui fait une obligation de conscience de se consacrer à la philosophie.

Descartes se retire alors à la campagne. C’est en Bretagne qu’il passe l’hiver de 1627-1628. Sans doute espère-t-il un instant pouvoir mener à bien son projet en demeurant en France. Mais il se persuade bientôt que la Hollande sera plus favorable à ce dessein. Au printemps de 1629, il s’installe donc aux Pays-Bas, et, cette fois, de façon définitive. À cette date, il a déjà écrit les Règles pour la direction de l’esprit , ouvrage inachevé qui ne sera publié qu’après sa mort. Mais c’est en Hollande que Descartes va réaliser son œuvre.

Quelle vie, cependant, y mène-t-il? L’étrange est que, déclarant n’avoir d’autre souci que celui de son repos, il change sans cesse de résidence: on le trouve à Franeker, à Amsterdam, à Leyde, à Deventer, à Sandport, à Hardenwijk, à Endegeest, à Egmond de Hoef, et son biographe, Baillet, pourra déclarer que son ermitage «n’eut presque rien de plus stable que le séjour des Israélites dans l’Arabie déserte». Pourquoi ces changements incessants? Faut-il y voir l’effet du sage désir d’éviter les importuns, ou le signe d’une incurable inquiétude? Nous ne saurions, en ce domaine, rien affirmer.

©Encyclopaedia Universalis 1998

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