Textes

ARISTOTE (384-322 av. J.-C.)

 

AristoteAristote est né en 384 av. J.-C. à Stagire, cité du nord de la Grèce, ce qui lui vaudra parfois le surnom de « Stagirite ». La présence de nombreux médecins dans sa famille est l'une des sources de son intérêt pour la physique et la biologie. À 18 ans, il entre à l'Académie, l'école de Platon, où, pendant 19 ans, il s'imprègne de la philosophie platonicienne. Il manifeste déjà un goût pour les sciences concrètes, indice de son originalité et de son opposition future à celui dont il n'est encore qu'un disciple particulièrement doué.

À la mort du maître, vers 348 av. J.-C., il quitte l'Académie pour voyager et se livrer à des observations biologiques, en Mysie puis à Mytilène. Mais un philosophe grec de cette époque ne saurait demeurer longtemps en marge de la vie politique. De 343 à 342 av. J.-C., il devient le précepteur du fils de Philippe de Macédoine, le futur Alexandre le Grand. Il rentre à Athènes vers 334 av. J.-C. et fonde une école : le Lycée. Il y donne des cours les plus divers à un public savant, tantôt sur des sujets comme la physique, la logique ou la mathématique, tantôt s'entretenant avec tous de rhétorique, de politique et d'éthique.

De tout cet enseignement oral, complété par la constitution d'une grande bibliothèque et d'un musée d'histoire naturelle, ne nous restent que des bribes ou de simples notes préparatoires rassemblées par ses élèves. Elles nous laissent imaginer la prolixité et la richesse de ses cours. Mais Alexandre le Grand meurt en 323 av. J.-C., et Athènes devient hostile aux anciens amis de la Macédoine. Aussi Aristote doit-il s'exiler pour éviter à ses concitoyens de « commettre un nouveau crime contre la philosophie ». Il se réfugie à Chalcis, dans l'île d'Eubée, où il meurt en 322 av. J.-C..

La philosophie aristotélicienne est fondatrice de la culture occidentale. Père de la logique, qui formalise le discours, Aristote en a fait l'instrument d'une pensée systématique et maîtresse d'elle-même, capable de dominer tous les aspects de la réalité. En cela, il est le premier penseur encyclopédique. Il approfondit les diverses branches du savoir tout en montrant l'unité du discours qu'elles mettent en œuvre par l'énoncé des catégories qui sont les genres les plus généraux de l'Être.

La mise en relation des catégories permet le jugement qui, lorsqu'il est à son tour mis en relation avec d'autres jugements, permet d'établir des propositions. Ainsi, la logique d'Aristote consiste à mettre de l'ordre dans le discours afin d'aboutir à des démonstrations déductives allant de l'universel au particulier. Le « syllogisme » est le modèle déductif dont la forme « classique » est la suivante :

Tous les hommes sont mortels.
Or Socrate est un homme.
Donc, Socrate est mortel.

Ce système, ensuite figé par la tradition médiévale, est, chez Aristote, un travail inachevé et vivant. Ainsi, dans le domaine de la philosophie première qu'Aristote définit comme la science de l'Être en tant qu'Être, l'Être peut se dire selon la substance (Socrate est un homme), selon la qualité (Socrate est laid), selon le lieu (Socrate est sur l'agora), bref selon toutes les catégories dont une liste exhaustive ne nous est jamais donnée. Ce sont de ces catégories que doit traiter cette science universelle, qui sera nommée « métaphysique » par l'éditeur d'Aristote.

L'étude de la première catégorie, qu'est la substance, fonde une deuxième orientation de la métaphysique, non plus comme science de l'Être en tant qu'Être, mais comme science de l'Être suprême, science du divin, bref théologie. Alors que la Physique définit une conception finaliste de la Nature où le changement est conçu comme l'acte de ce qui est en puissance en tout être, le Dieu dont il est question dans la Métaphysique est le Premier moteur, c'est-à-dire l'être qui meut tous les autres sans lui-même être mû. Non qu'il exerce une poussée mécanique sur le monde, mais parce qu'il est la fin que désire tout existant. Ce Dieu est le pôle qui unifie toutes les activités et qui pousse les êtres à exister et à se développer en leur inspirant spontanément le désir de l'imiter. C'est pourquoi Aristote définit ce Dieu comme étant un acte pur.

La doctrine d'Aristote ne se limite pas à la métaphysique, à la physique, et à la logique, elle comprend également un versant pratique que l'on retrouve dans une œuvre comme l'Éthique à Nicomaque. Toute activité tend vers un bien qui est sa fin, mais, compte tenu de la diversité des activités, les fins diffèrent. Aristote conçoit ainsi le bonheur comme étant l'unité des fins humaines. Il distingue les vertus « dianoétiques », qui résultent de l'exercice de la raison, des vertus « éthiques », qui sont transmises par l'ordre de la société. L'attitude éthique résulte de la combinaison de ces deux vertus, et atteint ainsi une dimension aussi bien individuelle que politique.

Enfin, la philosophie d'Aristote se complète par la physique, la biologie, la cosmologie, la psychologie, bref, par l'examen de tous les registres de la vie, des crustacés jusqu'aux astres. Ainsi se forme la totalité du savoir humain, systématique et concret. Toute la modernité d'Aristote tient dans cet effort

 

Textes d'Aristote
A-D E-J K-O P-Z
      4 causes
animal social Etre main principe premier
âme et temps etonnement Métaphysique Livre I pouvoir
art eugénisme monarchies révolutions
catégories échange moteur immobile science universelle
démocratie espace & mouvement mouvement substance
  habitude    
  imitation musique  
  Injustice nature et cause utopie
  justice & équité différents régimes politiques vie active
  juste   vertu
      vertu 2