Palimpsestes

François Jacob (1920 - 2013)

Après la Seconde Guerre mondiale, François Jacob termine ses études de médecine et soutient sa thèse de doctorat à Paris en 1947. Ne pouvant faire de chirurgie à cause de ses blessures, il s’essaie à différentes disciplines avant de se tourner vers la biologie. Licencié ès sciences en 1951, il est reçu docteur ès sciences en 1954 à la Sorbonne, avec une thèse sur Les Bactéries lysogènes et la notion de provirus.
Entré à l’Institut Pasteur en 1950 dans le service d’André Lwoff, il est successivement chef de laboratoire en 1956, puis, en 1960, chef du service de génétique cellulaire récemment créé à l’Institut Pasteur. En 1964, il est nommé professeur au Collège de France où une chaire de génétique cellulaire est créée pour lui.
Ses travaux ont porté principalement sur les mécanismes génétiques existant chez les bactéries et les bactériophages, ainsi que sur les effets biochimiques des mutations. Il a tout d’abord étudié les propriétés des bactéries lysogènes et mis en évidence leur «immunité», c’est-à-dire l’existence d’un mécanisme inhibant l’activité des gènes dans le prophage comme chez les particules infectantes du même type. En 1954, commence une longue et fructueuse collaboration avec Élie Wollman pour tenter d’établir la nature des relations entre prophage et matériel génétique de la bactérie. Cette étude conduit à préciser le mécanisme de la conjugaison bactérienne et, par là même, permet d’analyser l’équipement génétique de la cellule bactérienne. De là émerge toute une série de notions nouvelles, comme le processus orienté de transfert génétique du mâle à la femelle, la circularité du chromosome bactérien, ou le concept d’épisome. L’ensemble de ces travaux est résumé dans Sexuality and the Genetics of Bacteria.
En 1958, une remarquable analogie entre l’analyse génétique de la lysogénie et celle de la biosynthèse induite de la b-galactosidase conduit François Jacob à étudier, avec Jacques Monod, les mécanismes assurant les transferts d’information génétique ainsi que les circuits de régulation qui, dans la cellule bactérienne, ajustent l’activité et la synthèse des macromolécules. À la suite de cette analyse, Jacob et Monod proposent une série de notions nouvelles, celles d’ARN-messager, de gènes de régulation, d’opéron, d’allostérie.
En 1963, Jacob propose, avec Sydney Brenner, l’hypothèse du «réplicon» pour rendre compte de certains aspects de la division cellulaire chez les bactéries et il a poursuivi ensuite l’analyse génétique des mécanismes de la division cellulaire. En 1970, il a commencé à étudier des cellules de mammifères en culture, s’intéressant notamment à certains aspects de leurs propriétés génétiques.
Dans La Logique du vivant, une histoire de l’hérédité (1970) sont retracées les étapes qui, depuis le XVIe siècle, ont conduit l’étude des êtres vivants jusqu’à la biologie moléculaire. «Avoir contribué à casser l’idée d’une vérité intangible et éternelle n’est peut-être pas l’un des moindres titres de gloire de la démarche scientifique», écrira-t-il ensuite dans Le Jeu des possibles. Essai sur la diversité du vivant. Cet ouvrage clé, paru en 1981, inaugure une vision rénovée de la question cruciale pour les biologistes: celle de l’évolution.
François Jacob a reçu plusieurs prix scientifiques français et, notamment, le prix Charles Léopold Mayer de l’Académie des sciences (1962). En 1965, il a reçu, avec André Lwoff et Jacques Monod , le prix Nobel de physiologie et médecine. Il relatera, en 1987, dans un livre intitulé La Statue intérieure, les vicissitudes et les joies de sa vie de jeune chercheur, faisant partager au lecteur l’enthousiasme dont étaient animés les «molécularistes»