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Histoires en boucle Croisées Intrusion Don Juan Feux, grâce et métamorphose                

 

 

24 heures dans la vie d'un homme

C'était il y a vingt-quatre ans de cela, et pourtant quand je repense à cet instant où, fouettée par ses sarcasmes, je me suis retrouvée là-bas devant ces mille inconnus, le sang se glace dans mes veines . Et je ressens encore avec effroi combien ce que nous nommons toujours d'un mot pompeux l'âme, l'esprit, le sentiment, ce que nous appelons la douleur, doit être une substance bien faible, misérable et molle, puisque tout ceci, même dans la plus extrême démesure, ne parvient pas à disloquer tout à fait la chair endolorie, le corps supplicié - car, au vrai, on survit à ces heures- là, le sang toujours battant, au lieu de s'effondrer raide mort comme un arbre foudroyé. Cette douleur m'avait bien rompu les membres d'un coup, pour un instant, au point que je tombai sur ce banc, hors d'haleine, hébétée, avec en moi l'avant-goût vraiment voluptueux d'une mort imminente. Mais, comme je vous le disais, toute douleur est lâche, elle recule apeurée devant le désir irrésistible de vivre, qui semble plus profondément ancré dans notre chair que toutes les passions mortifères dans notre esprit. Aussi, sans que je pusse moi-même l'expliquer, après un tel effondrement des sentiments : je me relevai pourtant, ne sachant que faire toutefois. Sweig - 24h de la vie d'une femme - dernières pages

Nous avons tous lu, certainement, le texte de S Zweig qui avait tant intéressé Freud, et où, assurément, la lucidité psychologique de l'auteur avait atteint son apex. Celui d'une femme dont le trajet se fracasse sur la rencontre d'un homme, d'un destin brusquement dévié par une passion par définition irrésistible qui la laissera vingt ans plus tard encore honteuse, presque coupable, d'avoir cédé, trahi mais d'un même tenant grevée de haine si peu apaisée et gonflant épisodiquement comme par bouffées pour celui qui l'avait embrasée, délaissée, méprisée finalement.

Je ne sais si 24 heures peuvent suffire à décider du destin d'une femme comme le raconte Zweig : j'aurais, je l'avoue, quelque difficulté à me mettre à la place d'une femme et ne saurais tout au mieux ne parler que pour moi-même ; aurais surtout quelque mauvaise grâce à imaginer que le destin d'une femme ne fût constitué que de passions et de rencontres amoureuses ce qui serait encore réduire la femme au règne du sentiment …

Ce m'est en tout cas l'occasion de vouloir cerner au moins ces bifurcations qui font un homme ; celles en tout cas qui me firent.

Tout commencement est métamorphose, ai-je prétendu : tentons de les repérer.

A la question qu'est-ce qu'être normal, on prétend que Freud répondit : Aimer et travailler ; ce qui est encore réduire l'humanité de l'homme aux deux exclusives sphères du sentiment et de l'action. Je devine bien de quoi il se fut agi dans l'esprit de Freud et comment surtout celui-ci dut envisager que l'un permît de compenser les éventuels excès de l'autre ; on peut néanmoins s'étonner que dans cette formule la pensée eût si peu de place ; et seulement indirecte de surcroît.

Ce que je sais est bien peu et nécessite que je fouille un peu dans ma mémoire ; ce que je sais mérite de gratter un peu de cette écorce épaisse qui protège des regards indiscrets … mérite enfin de solliciter plus que de rigueur l'honnêteté : on désapprend vite de reconnaître le vrai quand il refuse d'être à son avantage.

Ceci d'abord qu'il n'est pas faux que l'homme soit aisément lâche. En tout cas peu courageux … ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Or, tel dans ce texte de Zweig, il faut un furieux courage pour se laisser ainsi emporter par la passion ; pour tout abandonner, confort, principes, proches et jusqu'à l'estime qu'on nourrissait de soi. Jusqu'à la couleur du temps, la sapidité des choses et le sens de la vie.

De ceci je suis à peu près certain et c'est en tout cas ainsi que je le vécus. L'amour n'est ni une action ni véritablement une passion. Il est bien un moment, inaugural, où il faut accepter de se laisser entraîner ; où il faut même le décider. Accepter de lever la garde et décider que ce qui, il y a quelques secondes seulement, eût été impossible ou inconvenant, en réalité est incontournable. Car la relation qu'il implique bouscule toujours le présent, l'habitude, la bienséance ou simplement la quiétude. S'y entrechoque à peu près tout ce qui nous édifie et s'y profile à peu près tout ce qui nous effrite, y menace tout ce qui nous étreint. Ah oui, il en faut du courage. C'est pour ceci que ce moment vous constitue et se dessine comme un carrefour … ou une ligne de partage.

Je ne suis pas certain qu'un homme ait jamais ce courage ni cette inconscience-là, plus habitué qu'il est de toujours être guidé, poussé, incité. Ainsi en tout cas en fut il pour moi, au moins. Sommes-nous vraiment moteurs ou bien ne nous le laisse-t-on pas croire ? Je déteste les clichés et me méfie comme il se doit des préjugés : on en entend tellement sur la condition masculine ou féminine ; sur ces considérations dites « genrées » que c'en est à vomir de suffisance, présomption et parfois stupidités. Se rend-on seulement compte qu'en croyant ainsi défendre noble cause ou légitime revendication à l'égalité, on ne fait rien moins que nous enfermer en quelque subtil essentialisme qui sous prétexte de justice écrase l'humain à peine saupoudré d'habiles dosages hormonaux. Je ne cesserai jamais de clamer ne pas être ce que je parais ni vouloir demeurer ce que je suis ; ne pouvoir persévérer que dans la tension qui me porte loin au-delà de moi. Sois ce que tu deviens et non deviens ce que tu es ! Trop de nos histoires et de nos invraisemblables préjugés fut bouleversé. Etre un homme n'a aucun sens ; le devenir, tout au plus en sachant que le domaine de définition de la chose est complètement à inventer. Idem pour les femmes, bien sûr.

Je ne porterai jamais ma masculinité en sautoir dont j'ignore toujours ce qu'elle peut bien vouloir signifier. Je devine, qu'on m'oppose souvent, la caricature d'une virilité débordante d'impétuosité insistante, obsédée de performance, vulgaire d'ostentatoires preuves qu'elle impose à tous. Je comprends mieux, ce que suggère Freud, l'intrication composite qui nous constitue. Me suis toujours méfié de cette malédiction où l'homme se croit reclus ou s'enferme volontairement de devoir faire encore et toujours la preuve de sa puissance : faire, faire voir ; montrer - tragique comédie de l'ostentation où la preuve confine à l'épreuve … Mais comment échapper à cette condamnation à l'acte ; à cette action qui est le contraire d'elle-même ? Est-il seulement un lieu où l'être n'offense pas l'acte ni l'acte le devenir ?

Chercher néanmoins ces points de métamorphose …

Le premier

Je crois avoir incliné plutôt du côté de l'œuvre, de cette création que mes lourdeurs m'ont interdite mais que je crois essentiellement féminine. Plutôt théâtre, récit que philosophie, trop raide, rugueuse … si froide.

Tant pis ce fut la philosophie. Un de ces tournants qui vous marquent. Mais une de ces métamorphoses qui ne laisse pas indifférent. On n'a jamais embrassé telle discipline inopinément. Je sais ce qui - et qui - m'y convia en cette rentrée 1971, moi qui m'étais toujours destiné à l'enseignement mais plutôt celui de l'histoire. On n'est pas fils d'instituteur pour rien - d'autant qu'issu d'une lignée déchue d'industriels. Mon père eût détesté être dirigeant de quoi que ce soit ; en même temps que le goût de l'enseignement, il m'aura transmis, sans doute, la répulsion du grand monde des affaires.

Un jour, dit-il, Léon, roi des Phliasiens, entendit Pythagore discourir sur certains points avec tant de savoir et d'éloquence, que ce prince, saisi d'admiration, lui demanda quel était donc l'art, dont il faisait profession? A quoi Pythagore répondit, qu'il n'en savait aucun; mais qu'il était philosophe. Et sur ce que le roi, surpris de la nouveauté de ce nom, le pria de lui dire, qui étaient donc les philosophes, et en quoi ils différaient des autres hommes; « II en est, répondit Pythagore, de ce monde, et du commerce de la vie, comme de ces grandes assemblées, qui se tiennent parmi nous à l'occasion des jeux publics. On sait que dans le concours de ceux qui s'y rendent, il y a des gens qui n'y sont attirés que par l'envie de se distinguer dans les exercices du corps, et d'y mériter la couronne; d'autres, qui n'y sont conduits que par l'espoir d'y faire quelque profit, en vendant ou en achetant des marchandises; d'autres encore, qui, pensant plus noblement, n'y vont chercher ni profits, ni applaudissements, mais songent uniquement 48 à voir ce qui s'y passe, et à faire leurs réflexions sur ce qui s'y présente à leurs yeux. On en peut dire autant de tous les hommes, qui, passant d'une autre vie en celle-ci, comme on passe d'une ville ou d'une assemblée dans une autre, y apportent tous des vues différentes. Car tandis que les uns cherchent la gloire, et les autres les richesses, il y a une troisième espèce d'hommes, mais peu nombreuse, qui, regardant tout le reste comme rien, s'appliquent principalement à la contemplation des choses naturelles. Ce sont ces derniers qui se disent philosophes, c'est-à-dire, amateurs de la sagesse. Et comme à l'égard des jeux, il n'est rien de si honnête que d'y assister sans aucune vue intéressée, de même en ce monde la profession la plus noble est celle d'une étude qui n'a d'autre but que de parvenir à la connaissance de toutes choses ». Cicéron Tusculanes V, 3, 8

Révélation ? Coup de foudre ? Je m'étonne que, aujourd'hui encore, pour désigner cette rencontre qui signifia pour moi une radicale embardée, je n'eusse à ma portée qu'un terme religieux ou qui relevât sottement de la passion. Or ce moment ne releva évidemment ni de l'un, ni de l'autre. Pourtant à leur aune, subitement, tout ce qui de confus embrouillait encore mon chemin se dissipa ; la philosophie aveuglait tout et je dus bien pour un temps ne jurer que par elle. Attiré par la pensée, je l'avais été depuis longtemps et mon histoire personnelle n'y fut pas pour rien, mais sous la forme plus diffuse de la culture, de la littérature, des sciences humaines. Ici, autre chose, qui résonnait violemment - qui me bouscula en tout cas. Il n'y avait plus qu'un chemin possible : c'était celui-ci.

Ami de la sagesse on sait que c'est ainsi que le philosophe aime à se nommer et que, même, le terme fût inventé par Pythagore. Je ne déteste pas la part d'humilité qui y réside : l'ami ne prétend pas avoir atteint la sagesse ; seulement d'y tendre.

Pouvais-je savoir qu'embrasser une telle industrie me propulserait bien plus à l'écart encore que l'enseignement lui-même ? Anachorète au milieu d'écolâtres souvent plus répétiteurs qu'inventeurs ; bavard au sein d'une société qui ne jurait que de progrès, de techniques et d'enrichissement ; contestataire de formation - ah ce doute méthodique ! - au moins autant que de vocation, je gagnais l'innocence facile de ceux qui officient au ministère de la parole mais perdais toute légitimité à agir jamais. Je ne le compris que bien plus tard, quand systématiquement les responsabilités se refusèrent à moi : on ne confie jamais rien à un philosophe soit qu'on ne juge trop doux rêveur, soit qu'on y redoute trop l'impuissance catastrophique ; soit enfin qu'on s'y méfiât de ce que sa liberté pût comporter d'incontrôlable. Je me savais impropre à supporter la foule ; embarrassé de toute action collective ; bref, un piètre militant ! Le verbe haut mais incapable de hurler avec les loups : je n'aurai ma vie durant été capable de rien transformer ; mon métier au moins m'autorisa de tout transmettre qui m'importait. C'est ainsi que les hommes vivent !

Oui, ceci fut bien une métamorphose. Celui qui sortit ce jour-là de son premier cours de classe Terminale n'était pas celui qui y étais rentré. Bien sûr, je demeurai longtemps encore immature, avec ce mélange incroyable de présomption et de niaiserie ; évidemment erreurs, impasses et atermoiements ne disparurent pas par miracle. Mais la route était tracée que j'aurai suivie finalement assez bien, même avec des surprises.

Il serait absurde de parler de vocation - terme bien trop religieux pour moi ; mais si peu spirituel. Qui m'eût appelé ? Mais de tournant, assurément. Quelque chose d'insidieux en moi germait sans doute depuis longtemps qui aura eu éclos ce jour-là m'empêchant d'envisager un avenir autrement qu'en passeur d'âmes …

Comment, au reste, dire l'insolente chance de savoir tôt ce que l'on devait, voulait, pouvait faire ?

Le second

Je ne connais pas d'enfant qui ne doutât un jour que ses parents fussent véritablement les siens. C'est ce qu'affirment en tout cas les psychologues. Dans mon cas ceci prit en même temps la forme de la découverte de ma judéité. Surprenant une conversation de mes parents où il devait être question de la Palestine, il me fut répondu de manière vague - ou en tout cas fut-ce confusément que je perçus la réponse - que notre famille venait de là-bas. Quelque chose ne correspondait pas que je ne compris que bien plus tard - mon lieu de naissance ainsi que celui de mes parents était Strasbourg et non Jérusalem.

Etre juif : mes parents furent suffisamment prudents pour n'y mettre aucune supériorité mais pas assez assurément pour y nicher du contenu. Je ne le découvris que bien plus tard à la première insulte antisémite à quoi tout enfant doit bien un jour être confronté. Comment pouvais-je savoir que ce faisant l'autre me convoquait dans une identité qui était tout sauf claire pour moi qui n'avais reçu aucune éducation religieuse en la matière - que j'eusse autrement comprise - mais aussi dans une histoire cataclysmique dont j'ignorais alors à peu près tout. J'aurais pu ne pas me reconnaître dans la première ; mais la seconde s'imposait à moi, me colla vite à l'âme.

Peut-on parler en de tel cas de métamorphose ? Oui ! je n'étais pas juif, je le devins ! ou plutôt, je ne me savais pas l'être et voici que le regard de l'autre, déchirant jusqu'aux entrailles de mon âme, me l'imposait comme une honte que j'allais devoir renverser. Et me voici confronté à quatre mille ans de conflits, de dénégations, d'alliance plus ou moins respectée, de culpabilité invraisemblable. Quelle carapace y eût résisté ? Mon chemin en dévia-t-il pour autant ? Je découvris bientôt que nul ne pourrait jamais être à hauteur de ce tragique-ci et que l'innocence m'était tout aussi interdite que l'insouciance : ce que je portais ne m'empesait pas plus que ne m'allégea mais s'était à ce point insinué dans les moindres pores de mon âme que plus jamais je ne pourrais non seulement l'oublier mais surtout le négliger.

Ceci m'a-t-il changé ? Bouleversé en tout cas ! J'y aurai au moins gagné cette certitude : que l'identité est affaire avant tout de question et pas de réponse que l'on pourrait vous opposer. La judéité n'est vécue par personne comme une quiétude où s'asseoir mais comme une incertitude à hauteur de quoi s'élever. J'y aurai appris cette tolérante mansuétude que l'on acquiert avec la certitude intime que toute certitude est vaine, perverse et mortifère.

Le troisième

Ce point qui vous fait homme et vous dépenaille des attributs de l'enfance ? Oh bien sûr il y eut bien cette première fois où une jeune fille me regarda - première fois en tout cas où je m'en aperçus ou qu'en tout cas j'en acceptai l'augure. Me croira-t-on si j'avoue que mon enfance et adolescence durant, timidité, assurance bourrelée de doutes et minée de complexes, je n'imaginais pas seulement possible que quelqu'un nourrît à mon endroit un tendre sentiment. On ne devrait jamais raconter ses premières amours : elles sont en même temps naïves et indépassables. Ce chemin me sera toujours difficile et plus escarpé que celui des amitiés où rien ne m'entrave autant. On ne devrait jamais non plus raconter les ultimes : elles sont moins tristes que prometteuses à moins qu'elles s'entêtent à répéter les errements antérieurs.

Ratai-je la rencontre ou bien n'en sus-je maintenir le miracle ? Le bon sens voudrait que les faiblesses en fussent partagées : ceci me console-t-il ? Assurément non ! Au plus fort de l'éclosion je m'envolai, comment en douter ? Et ce sentiment non de puissance mais de vertu, ce grésillement où l'accomplissement s'entreprend ; ces prémices de béatitude comment les oublier ? les nier ? Où j'appris deux choses : l'incapacité des mots à traduire ces exhaussements-ci sans ou bien les tronquer ou bien les ridiculiser ; l'inaptitude de l'être à affronter la plénitude.

Nous demeurons à mille coudées de seulement pouvoir entrevoir et endurer la lumière de l’Être. Les anciens avaient raison qui présumaient qu'elle nous consumerait. Nous ne sommes pas faits pour l'absolu : ni Dieu, ni le soleil, ni la mort … Mais nos amours, pour peu que nous sachions nous y engager, nous en approchent et en sont vraisemblablement les seuls sentiers fréquentables.

Au-delà du sentiment qu'il ne faut jamais mépriser ; au-delà de la passion toujours un peu sulfureuse mais si vigoureusement motrice, il y a dans la relation amoureuse une force incroyable qui fait aimer la lumière et désirer s'en approcher. Ceux-là qui aiment le savent, pour autant qu'ils parviennent à en garder vivace la lueur, qui y puisent à chaque instant l'énergie de réinventer l'autre et de l'augmenter. Pour ceux-là, il y a métamorphose - de la plus belle espèce qui soit puisqu'elle vous place à hauteur du regard de l'autre.

 

Le quatrième

Ce dernier est plus récent qui marque l'entrée dans le dernier âge. Sagesse ? que non pas. L'âge où l'on désapprend l'impatience au moins autant que l'impétuosité. L'âge où l'on accepte que, lentement, dans le silence des entropies intimes, les choses iront sinon s'aggravant en tout cas cesseront à jamais de pouvoir d'améliorer. Véritable métamorphose à l'envers que celle-ci où plutôt que de changer de forme et pratiquement de corps, il s'agit de le désapprendre. Le temps de la patience parce que cette dernière veut dire supporter, endurer … se soumettre.

Le temps du retrait avec pour seule inquiétude de ne pas baisser la garde trop tôt - ce qui serait déserter ; mais pas trop tard non plus ce qui serait confiner au ridicule ou à l'obscénité. Les anciens le savaient qui jaugeaient les vies à l'élégance du départ et n'avaient pas tort. Ranger ses petites affaires ; donner ce qui peut l'être encore ; offrir les ultimes sourires, réconforter quand c'est possible et, surtout, n'être pas retenu …

Noli me tangere : apprendre la promesse de la légèreté et l'apprendre si bien qu'elle en deviendrait désirable.

J'y suis entré avec quelque effroi mais même les peurs les plus sourdes finissent par vous amadouer. Ce moment est le plus récent et assurément la mue n'est pas achevée.

 

Au bilan

Je cherchais ces points nodaux ou de rupture, ces lignes qui nous firent parce que nous les franchîmes. Oui, sans doute, est-il dans nos existences trois ou quatre journées décisives qui nous peuvent faire parce que nous faire bifurquer ? Je dois bien avouer que contrairement à ce que je présumais, elles tiennent, oui Freud avait raison, ou bien à nos professions ou bien à nos amours ou bien encore à nos âges.

Je ne les ai pas toutes ratées et même celle-ci qui me mit en échec je sais qu'en partie elle me métamorphosa aussi de n'avoir pas même réussi à la regretter

Les assumer c'est s'efforcer d'en être à la hauteur ; agir ainsi comme si nous en étions les auteurs car elles ne vaudront que pour autant qu'elles nous augmentent et ceux qui nous entourent.

A ceux qui vivent ces journées vigoureuses et revigorantes je ne voudrais surtout pas dire profitez-en ! Ni la logique ni le langage du comptable n'ont droit de cité ici. N'oubliez pas qu'elles vous font autant que vous les ferez ! j'aime ces boucles où l'un est l'avers de l'autre ; où plus rien ni personne ne peut se prévaloir d'être cause ou initiateur mais où donc chacun est responsable de la vertu du cercle. Ces croisées sont rares et tellement précieuses : les honorer autant qu'elles vous honorent …

Regarder devant soi ; jamais en arrière. Mettre en ces jours comme en ses œuvres ; en ses mots comme en ses silences ; en ses rêves finalement, toute l'authenticité dont on se sait capable et se regarder dans la glace, sans honte surtout ; avec fierté.

Je ne connais pas d'autre viatique.