Palimpsestes

Le Banquet

Maintenant, comme fils de Poros et de Penia, voici quel fut son partage. D’un côté, il est toujours pauvre, et non pas délicat et beau comme la plupart des gens se l’imaginent, mais maigre et défait, sans chaussure, sans domicile, point d’autre lit que la terre, point de couverture, couchant à la belle étoile auprès des portes et dans les rues, enfin en digne fils de sa mère, toujours misérable. D’un autre côté, suivant le naturel de son père, il est toujours à la piste de ce qui est beau et bon; il est mâle, entreprenant, robuste, chasseur habile, sans cesse combinant quelque artifice, jaloux de savoir et mettant tout en oeuvre pour y parvenir, passant toute sa vie à philosopher, enchanteur, magicien, sophiste. Sa nature n’est ni d’un immortel, ni d’un mortel; mais, tour à tour, dans la même journée, il est florissant, plein de vie, tant que tout abonde chez lui; puis, il s’en va mourant, puis il revit encore, grâce à ce qu’il tient de son père. Tout ce qu’il acquiert, lui échappe sans cesse: de sorte que l’Amour n’est jamais ni absolument opulent, ni absolument misérable; de même qu’entre la sagesse et l’ignorance, il reste sur la limite, et voici pourquoi: aucun dieu ne philosophe et ne songe à devenir sage attendu qu’il l’est déjà; et, en général, quiconque est sage n’a pas besoin de philosopher. Autant en dirons-nous des ignorants: ils ne sauraient philosopher ni vouloir devenir sages; l’ignorance a précisément l’inconvénient de rendre contents d’eux-mêmes des gens qui ne sont cependant ni beaux, ni bons, ni sages; car enfin nul ne désire les choses dont il ne se croit point dépourvu.