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Le poids le
plus lourd. — Et si, un jour ou une nuit, un démon venait se glisser dans ta
suprême solitude et te disait : « Cette existence, telle que tu la mènes, et
l'as menée jusqu'ici, il te faudra la recommencer et la recommencer sans
cesse ; sans rien de nouveau ; tout au contraire ! La moindre douleur, le
moindre plaisir, la moindre pensée, le moindre soupir, tout de ta vie
reviendra encore, tout ce qu'il y a en elle d'indiciblement grand et
d'indiciblement petit, tout reviendra, et reviendra dans le même ordre,
suivant la même impitoyable succession,... cette araignée reviendra aussi,
ce clair de lune entre les arbres, et cet instant, et moi aussi !
L'éternel sablier de la vie sera retourné sans répit, et toi avec, poussière
infime des poussières ! »... Ne te jetterais-tu pas à terre, grinçant des
dents et maudissant ce démon ? A moins que tu n'aies déjà vécu un instant
prodigieux où tu lui répondrais : « Tu es un dieu ; je n'ai jamais ouï nulle
parole aussi divine ! » Si cette pensée prenait barre sur toi, elle te
transformerait peut-être, et peut-être t'anéantirait ; tu te demanderais à
propos de tout : « Veux-tu cela ? le reveux-tu ? une fois ? toujours ? à
l'infini ? » et cette question pèserait sur toi d'un poids décisif et
terrible ! Ou alors, ah ! comme il faudrait que tu t'aimes toi-même et que
tu aimes la vie pour ne plus désirer autre chose que cette suprême et
éternelle confirmation !
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