Blaise PASCAL (1623-1662)
Le génie de
Pascal frappe par sa diversité : génie scientifique qui invente une machine
à calculer, se livre à des expériences de physique, résout de grands
problèmes mathématiques ; mais aussi penseur étonnant, tour à tour
théologien, philosophe, rhéteur, logicien.
Pascal aborde ces divers domaines dans des œuvres de circonstance, ce qui
lui donne un caractère d'écrivain " engagé ", mais toujours au service d'une
vérité supérieure à l'actualité des discours, qu'elle soit vérité
scientifique, morale ou religieuse. Toute son œuvre témoigne ainsi de la
quête qui anima sa brève existence.
Pascal est né en 1623 à Clermont-Ferrand. À la mort de sa mère en 1625, il
reste seul avec son père, de petite noblesse, cultivé et amoureux du savoir,
et ses deux sœurs. La famille s'installe à Paris en 1631 et fréquente les
milieux scientifiques. De son père, Pascal apprend les humanités et les
sciences. Élève surdoué, il ne reçoit donc pas la culture scolaire de son
époque, héritière du Moyen Âge, et ignorante de l'esprit moderne ; il rentre
immédiatement dans un univers culturel où le précèdent les pionniers des
temps modernes, comme Galilée, Descartes ou Fermat. Ce développement
intellectuel va de pair avec une évolution religieuse : en 1646, à Rouen,
toute la famille se convertit au christianisme austère de Port-Royal.
Pascal, modéré jusque là, prend conscience de la pleine signification de la
condition chrétienne. Sa foi devient militante et apologétique. Toutefois,
il reste dans le monde encore sept ans pendant lesquels il se livre à des
activités scientifiques célèbres comme ses expériences sur le vide ou le
calcul des probabilités.
En 1654, après l'expérience mystique de la " nuit du Mémorial ", Pascal
s'engage à vivre selon l'Évangile, oubliant tout hormis Dieu, non " le Dieu
des philosophes et des savants ", mais le Dieu sensible au cœur, celui
d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Dès lors, Pascal se consacre à l'apologie de
la religion chrétienne. De ce travail, seuls subsistent des fragments, les
Pensées, rassemblés et classés par Port-Royal après sa mort, survenue en
1662 à la suite d'une maladie longue et douloureuse.
Mais pourquoi une apologie du christianisme ? Pour montrer que le recours à
la foi est rendu nécessaire par l'échec de la philosophie. Ce projet
s'esquisse déjà dans l'Entretien avec Monsieur de Saci sur Épictète et
Montaigne, en 1655. La philosophie, qui prétend nous offrir bonheur et
sagesse, s'avère incapable de tenir ses promesses.
Cet échec montre que l'homme ne peut obtenir ces biens par lui-même ; il a
besoin du soutien de Dieu. Quiconque refuse cette aide surnaturelle se livre
à l'orgueil, principe de tous les maux, ou renonce à tout espoir d'une
vérité définitive, en sombrant dans cette indolence de l'âme qu'est le
scepticisme.
En prenant pour point de départ les limites de la philosophie, Pascal
choisit donc de convertir un public bien défini : il s'adresse aux gens du
monde, chrétiens et libertins cultivés, humanistes et scientifiques, pour
les mettre dans une situation critique, premier pas vers la foi. L'ennemi
suprême de la foi, en effet, n'est pas l'athéisme mais l'indifférence
religieuse. Cette indifférence doit être muée en inconfort, puis en position
intenable. L'inconfort s'installe lorsque la raison s'aperçoit qu'elle ne
peut pas plus démontrer l'existence que l'inexistence de Dieu. Il s'aggrave
quand l'homme reconnaît sa misère et est mis en situation où il ne se suffit
plus à lui-même, ainsi plongé dans un malaise existentiel qui l'oblige à se
préoccuper de son salut.
Vivre devient un pari sur l'existence de Dieu : il est impossible d'être
indifférent lorsque nous sommes mis en situation de parier sur l'existence
ou sur l'inexistence de Dieu. Ainsi, parier pour Dieu permet de découvrir un
Dieu caché qui nous est présent à travers certaines images et certaines
figures de la nature, dans les Écritures, et dans l'Histoire. Vivre avec
Dieu, c'est apprendre à le déchiffrer partout autour de nous et en nous, à
la lumière de la foi. C'est par le portrait de notre condition que Pascal
nous est proche : le contraste entre la grandeur et la petitesse de l'homme
s'impose comme une pensée d'une permanente actualité.
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